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SYLVAIN GUERINEAU
saxophone ténor
JOEL GRIP contrebasse

Compte-rendu publié sur Flux Jazz (Jazz à Paris)

Sylvain Guérineau & Joel Grip à domicile (28 novembre 2010)
Les salles où jouer des « musiques créatives », comme disent certains, se font rares.
Difficultés économiques, voisinage grincheux, chicanier, procédures administratives, tout se conjugue pour tarir les lieux de création.
C’est sans compter avec l’urgence, la nécessité de se produire, l’inventivité pour contourner les problèmes.

Bertrand Gastaut a choisi, comme certains autres, d’organiser des concerts à domicile, chez Marie et Emmanuel, quelque part dans Paris. Il concocte des programme alléchant et sait faire venir du monde.

C’était le cas le 28 novembre dernier, avec comme invité, un duo semble-t-il inédit : Sylvain Guérineau au tenor et Joel Grip à la contrebasse.

Un accueil chaleureux,  un lieu agréable où se retrouver, sans gêner de quelconques voisins, un bébé vu il y a sept mois et qui fait son métier de grandir et de séduire, le plaisir des retrouvailles des aficionados.

Mais on est là d’abord pour la musique. Elle débute d’un manière douce, avec des accents vaguement orientalistes au sax, un quasi drône à la basse, comme pour installer le son, pour dégourdir les doigts. Puis la musique se fait plus enlevée, plus nerveuse, abrupte parfois, devenant quasi hypnotique.
Rupture, pour éviter les psalmodies répétitives et pour construire de nouvelles phases, laissant plus de place au travail sur les timbres, leur variété, leur entrelacements à la basse et au sax.
35 minutes qui filent sans qu’on s’en rende compte, pour une fin en quasi unisson, dans un sourire farceur de Sylvain Guérineau.

La deuxième pièce commence par un solo de Joel Grip. Sylvain Guérineau s’assoit de côté, en spectateur, très attentif à la musique du bassiste. Une musique de caresses légères de l’archet, qui se font progressivement plus insistantes, plus appuyées, alternant frottements et grincements. Puis les doigts se mettent à percuter le manche pour une étrange séquence répétitive, vaguement à l’image de la main gauche du boogie woogie, alors que celle de droite saisit deux archets, faisant irrésistiblement penser à celles d’Edward aux doigts d’argent (Tim Burton, 1991), pour une musique toute de nervosité et de sensualité.
Ponctuation d’une corde pincée, pour marquer le changement de séquence, l’arrivée de Sylvain Guérineau. Un démarrage tout en douceur. Mais cela ne saurait durer. Le dialogue se fait dense, très dense, pour finir d’une manière abrupte, dix minute plus tard, nous laissant saisis, en rupture d’oxygène.

Ce qui surprend toujours chez Sylvain Guérineau, c’est son extraordinaire fraicheur et la maturité, la richesse de son discours. Peut-être, son éloignement partiel de la scène dans la première partie de sa vie l’a-t-il protégé d’une usure finalement naturelle. L’envie de jouer est visible, éclatante. Et sa technicité est au rendez-vous de cette envie. Une présence espiègle et gourmande de la vie.
Quant à Joel Grip, c’est un aventurier de premier plan des musiques improvisées. Notons parmi les divers groupes auxquels il participe, les remarquables Snus et Peeping Tom. Cela sans compter les projets qu’il impulse (Umlaut Records, festival Hagenfesten Art-Flow). Une énergie souriante, et une décontraction qui tranchent avec l’intensité de son jeu sur scène, les secousses qui semblent se propager sur son corps. Un sacré artiste, très recherché des autres musiciens.

Une très belle soirée.
Un grand merci à Marie et à Emmanuel.