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BENJAMIN DUBOC
contrebasse

CD : Primare Cantus (Ayler – 2011)

Compte-rendu publié sur Jazz à Paris

Benjamin Duboc, la chorégraphe et le nourrisson
La musique prend souvent à Paris des chemins de traverse pour que des artistes puissent se produire, tant les salles se font rares pour la création.
C’était le cas ce 9 mai à l’initiative de Bertrand Gastaut, pour un concert au domicile de Mme et Mr X (pas de nom, en cas de voisins grincheux) dans le 18e arrondissement. Qu’ils en soient remerciés.
Ce jour là, Benjamin Duboc nous offrait un solo de contrebasse.
Avec émotion et retenue, il dédiait cette soirée à sa tante, la chorégraphe Odile Duboc, figure de la nouvelle danse française, disparue très récemment (voir ici et ).
Un nourrisson, une petite fille, assistait là probablement à son premier concert, à l’âge de 10 jours, et partageait la vedette avec Benjamin. Un Sabir Mateen imposant se penchait sur elle, tout sourire. Une illustration du cycle de la vie.
D’autres étaient là aussi, des musiciens, des acteurs de ces musiques exigeantes, une part des fidèles qu’on retrouve avec plaisir.
Pour entendre Benjamin et sa basse.

Bertrand Gastaut souhaitait une musique très free, mais B. Duboc a choisi pour commencer « Primare Cantus ».
Une musique qui surprend d’abord, qui fascine ensuite. Une sorte de mantra des temps futurs qui force à l’écoute la plus aiguisée.
Voici comme elle est décrite :
Un travail un peu spécial, uniquement sur le cordier, un son continu mélangeant le très grave de l’instrument aux sons plus aiguës, obtenus par le frottement de l’archet selon des axes différents et des sons de bouche et souffles.
La musique se déplace lentement, très lentement, mais jamais statique, elle ne cesse d’évoluer par micros variations.
Une lente plongée intime se réalise lors de la réalisation de cette pièce, peut-être aussi à l’écoute de celle ci.
Benjamin Duboc tend à ouvrir au possible l’attention, tend à aiguiser la perception, à pousser l’écoute.
Une introspection. Un souffle primaire. Un chant venu de loin et toujours présent en lui, l’exprimer est se dévoiler, se mettre à nu.
« Le protocole est simple, jouer Primare Cantus sur une durée déterminée à l’avance, le jouer et l’enregistrer en des lieux divers dans des contextes et pour des contextes différents et ce tout au long de ma vie, l’improvisation interne va évoluer et je trouve très excitant de mettre en place une espèce de dispositif qui va me permettre d’analyser cette évolution, voilà l’idée! » (texte de Benjamin Duboc)

Je ne saurais mieux dire.